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La boite aux trésors !


Quelque part en Bretagne, au début des années soixante dix… J’étais un petit garçon ordinaire, inconscient de son bonheur, qui se réveillait tous les matins, dans les bonnes odeurs de pain, de viennoiserie et de chocolat chaud. Mes parents étaient boulangers et travaillaient comme des bêtes de somme. Je grandissais dans un univers qui n’avait pas le souci forcené de l’enrichissement, mais le simple respect de l’argent.
A cette époque, chaque billet gagné représentait déjà un effort quotidien. Quand je n’allais pas à l’école, j’aidais mes parents et mes grands-parents à la boulangerie. J’étais volontaire, méticuleux et le travail ne me faisait pas peur.
De nos menus travaux, c’était ma grand-mère maternelle, droite dans sa blouse à carreaux, qui nous récompensaient mon frère et moi, d’un petit Voltaire ou d’un petit Berlioz. Pour les étrennes, nous recevions parfois un beau Racine. Bien-sûr, je ne reconnaissais pas encore, ici un dramaturge, ici un compositeur, mais j’étais fasciné par la beauté de ces petites vignettes et aussi pour le pouvoir qu’elles représentaient. Imaginez un peu ! Avec un Berlioz, on pouvait acheter un océan de carambars ou de malabars pour toute son école primaire ! Malgré tout, je conservais pieusement mes petites images craquantes dans une vieille boite métallique avec l’image du calvaire de Penmarch sur le couvercle. Tiens ! Comme sur le 20 frs Pêcheur, mais ça, je le découvrirais bien plus tard... Parfois, je voyais mon père compter des billets plus gros, que tout le monde appelait « Pascal ». Mais ce billet me faisait peur, car je trouvais le personnage triste et malade.

Un jour, je décidais d’enterrer mon trésor dans le grand jardin, derrière la maison. Seul, un petit bâton de bois, planté verticalement, matérialisait l’emplacement de ma cachette. Chaque soir, après l’école, j’allais fiévreusement vérifier que tout était en place ; c’était mon secret. Un matin gris de mars, je constatais, horrifié, que le jardin n’était plus qu’un vaste champ de terre retourné… Mon grand-père avait décidé de planter ses pommes de terre ! Jamais, je ne retrouvais ma boite, enfouie à la fois, au plus profond de la terre et au fond de moi. Aujourd’hui encore, lorsque je regarde le verso d’un Sully, je ne cesse de méditer sur cette citation : « Labourage et pastourage sont les deux mamelles de la France ».

Cette petite histoire n’est peut-être pas la cause essentielle de ma passion pour l’art fiduciaire et la billetophilie en générale, mais elle y a sans doute contribué. Je crois, comme le dit Claude Fayette, que « le passé est lié indéfectiblement à l’avenir ».

19 mai 2009


Légende :


1 - Boite aux trésors (photo-montage BCBC)

2 - Recto d'un 20 francs Pêcheur 1942

3 - Eglise de Penmarch

4 - Calvaire de Plougastel

 

© Billets-Club de Bois-Colombes